LE BOUCHON, une fête pas comme les autres

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Bouchons du 15 août : jetez-vous dans celui de Tourves
Une fois n'est pas coutume, ce bouchon-là est à aller voir de près pour sa joyeuse reconstitution des vacances au temps des années heureuses, les Trente Glorieuses.
PAR ANDRÉ DEGON
Publié le 13/08/2013 à 17:51 - Modifié le 19/08/2013 à 18:05 | Le Point.fr
Le garde champêtre aura encore fort à faire le 15 août à Tourves (Var) où quelques esprits facétieux reconstituent les bouchons d'autrefois. À ne pas manquer.DR
Rappelez-vous les années 60, la nationale 7 seule voie rapide endossant la transhumance vers la Côte d'Azur. Quelques sections seulement étaient passées à 2 x 2 voies, jouant sur la circulation les effets d'accordéon lorsque le tuyau s'étranglait. Le chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens se faisait à ce prix là et donnait lieu à des bouchons mémorables dans les villages, sortis de leur torpeur pour assister à une joyeuse pagaille, celle des visages pâles croisant les bronzés déjà déprimés par le retour. Certains n'hésitaient pas à rouler de nuit, car les voitures "chauffaient". Les garagistes se frottaient les mains : ils faisaient leur année en deux mois.
Eh bien croyez-le ou non ! Le 15 août prochain, le village varois de Tourves, entre Saint-Maximin et Brignoles, va retrouver son bouchon historique des années 60, le vrai, avec voitures d'époque et figurants parfaitement raccords. Les plus récentes datant de 1968, année où la déviation du village a été mise en place. Il fallait quand même oser avoir cette idée pour le moins incongrue. Et cette idée folle a germé dans l'esprit de Thierry Dubois, dessinateur, auteur de BD, amoureux de voitures anciennes et passionné par les routes et en particulier par la N7.
50 ans après, on s'y croirait. Mais là, l'ambiance est à la bonne humeur 
 
La mise en place de la déviation a soulagé le centre ville où vont se retrouver tous les nostalgiques des belles années 
De Lapalisse à Tourves
"Pour moi, la nationale 7 est aussi importante pour notre histoire qu'une route gallo-romaine. Je l'ai photographiée dans tous les sens, j'ai rencontré les riverains, recueilli des témoignages d'anciens chauffeurs, gendarmes, garagistes, répertorié les anciennes stations-services art déco - il en reste six. La N7, c'est le symbole des Trente glorieuses. Les villages sont nés sur cet axe, ils ont souffert et se sont développés, les rois de France l'ont emprunté. La N7, avec la N6 également, est devenue un mythe." 
Alors, quand on lui demande : et l'idée de recréer un bouchon ? Il sourit. "Elle est venue en 2006 à Lapalisse, dans l'Allier, lors de l'ouverture de la déviation de la N7. La mairie voulait commémorer l'événement. Alors, on a organisé le dernier bouchon de la ville avec des voitures anciennes. Deux cent cinquante propriétaires ont répondu présents. Mais attention, il ne s'agissait pas d'un défilé de voitures anciennes, mais de recréer toute une époque. Devant la demande, on a recommencé en 2008 : succès avec 350 voitures. L'année dernière, 800 passionnés sont venus de toute la France. La mayonnaise a pris pour le plus grand bonheur des habitants et des commerçants."
 
Alors, quand Thierry Dubois vient voir Paul Castellan, le maire de Tourves, pour lui proposer de reconstituer le bouchon qui avait marqué tous les esprits jadis et rendu son village célèbre, il n'a pas hésité. "Rendez-vous compte, confie-t-il, les jours de grands départs, 20 000 voitures par jour se croisaient dans la rue principale du village. Le record fut le 2 août 1965 avec 28 000 véhicules. Au centre, la largeur de la voie ne faisait pas plus de 4 mètres. Deux caravanes ne pouvaient pas se croiser. Vous imaginez le spectacle. Ça alimentait les conversations. Quant à l'animation, le sport c'était de contempler les "Parisiens" dans les embouteillages. Le garde champêtre ne savait pas où donner du képi pour régler la circulation. Il avait fallu détacher des gendarmes pendant les deux mois d'été. Tous les anciens s'en souviennent. Alors, pensez, reconstituer cette époque, on a dit oui tout de suite. 
Ça sent le bouchon
"La première reconstitution du bouchon de Tourves s'est déroulée en 2011. Les habitants ont adhéré sans problème, tout le monde a joué le jeu jusqu'à mimer des disputes. Pour la deuxième édition, on a reproduit les anciennes plaques émaillées Michelin et, aux entrées du village, on va placer les anciennes bornes kilométriques blanches à chapeau rouge. Elles indiqueront également les lieux touristiques à visiter."
 Alors, le 15 août prochain, ça va être chaud à Tourves. Il y a deux ans, 170 voitures participaient à l'événement, des modèles de 1935 à 1968. Cette année, on en attend pas moins de 200. La police municipale a sensibilisé la population : pas de voitures modernes garées dans les rues. Le départ du "convoi" aura lieu dans un endroit qui sent le bouchon, à la cave viticole - il y a pire comme endroit -, et l'aller et retour à travers le village se feront sur deux heures. Ensuite, à midi, aïoli géant organisé sur le cours de la République. Pour les possesseurs d'Eriba et autre Tesserault, un rétro camping est même prévu. En fait, Thierry Dubois souhaite créer un esprit nationale 7 : "Nous voulons faire la fête en retrouvant toute une époque. On a un présent pas très drôle, un futur incertain. Alors, on retient le bon côté du passé."

Presse vm 2011
Lva 1678
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